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Église St Blaise

 

Qui est Saint Blaise ?

D’après les Actes de saint Blaise, écrits en grec mais ne semblant pas authentiques, Blaise, qui avait étudié la philosophie dans sa jeunesse, était un médecin à Sébaste en Arménie, sa ville natale. Quand l’évêque de la ville mourut, l’acclamation de tout le peuple le désigna pour lui succéder. Sa sainteté se manifestait par une foule de miracles : de partout aux environs, les gens venaient à lui pour faire soigner leur âme et leur corps; les animaux sauvages eux-mêmes venaient en troupeaux pour recevoir sa bénédiction.

stblaiseEn 316, Agricola, gouverneur de Cappadoce et de Petite Arménie, arriva à Sébaste sur ordre de l’empereur Licinius pour mettre à mort les Chrétiens et il fit arrêter l’évêque. Comme on le menait en prison, une mère mit à ses pieds son fils unique, qui était en train de mourir par étouffement d’une arête qu’il avait avalée, et l’enfant fut immédiatement guéri. Cependant le gouverneur, incapable de faire renoncer Blaise à sa foi, le fit battre, fit déchirer sa chair avec des peignes en fer et le fit décapiter.

 

Dans l’iconographie, on montre souvent Blaise avec les instruments de son martyr, les peignes en fer. La ressemblance de ces instruments de torture avec les peignes de laine a fait adopter le saint comme patron des cardeurs de laine en particulier et du commerce de la laine en général. Il est également le saint patron des laboureurs. Il peut aussi être représenté avec des bougies car elles lui furent apportées lorsqu’il était en prison. Le jour de sa fête tombe dans l’Église Occidentale le 3 février. 

 

Quelles sont les fonctions de cette église ?

Selon Ludovic de Valon, c’est le lieu de culte d’un prieuré bénédictin.

Le prieuré est généralement un établissement religieux créé par une abbaye plus importante sur un domaine foncier qui lui a été donné. Il est desservi par des moines de cette abbaye. Les prieurés sont dotés d’églises construites et entretenues par l’abbaye-mère.

 

Vers 925, la paroisse de Lavergne était sous l’obédience de l’abbaye de Marcilhac (G.Maynard)

L’église St Blaise a été fondée au XIème siècle (1060) par Blanche de  Valon mariée à Ranulphe III vicomte d’Aubusson. Ce prieuré est rattaché au prieuré de Védrennes en Limousin près d’Egletons sous la dépendance de la Chaise Dieu (La Chaise-Dieu = « Casa Dei » ou « Maison de Dieu » se situe en Haute-Loire. L’abbaye bénédictine de La Chaise-Dieu en Auvergne a été fondée en 1043 par Robert de Turlande). Plusieurs papes passeront à La Chaise-Dieu.

Le prieuré de Lavergne comprenait 10 religieux.

 

Vers 1194-1195, l’église de Lavergne est trop petite, elle est reconstruite par Bernard de Valon (abbé de la Chaise Dieu) :c’est la base de l’église actuelle.

Bernard de Valon favorable à Richard Cœur de Lion, aurait prononcé une sentence d’excommunication à l’égard du roi  de France, Philippe Auguste pour mariage adultère. Devant la colère royale il se réfugie dans le prieuré de Saint Pierre de Parthenay le Vieux en Poitou.

Lavergne passe au XVIIème siècle, selon le chanoine Albe, aux chanoines réguliers de la Couronne, abbaye charentaise.

C’est  aussi  le  lieu de sépulture de la famille des seigneurs de Valon. Les dons  des  Valons lors  de  la  fondation  de  l’église  leur  donnent  droit  de sépulture  dans  le  chœur. Selon  Ludovic  de  Valon, elle  aurait  recueilli  les cendres  des  Valon  de 1100 à 1500. Leurs sépultures ont disparu au moment  des  travaux d’agrandissement.

Une page d’histoire

Le cours de l’Alzou traverse une région humide, marécageuse où l’aulne pousse en abondance = las Vernhas d’où Lavergne.

Les deux grandes familles qui habitent cet endroit sont les Lavergne et les Valon. En 1275, les Valons ont fait hommage aux Lavergne, ce qui laisserait penser leur étaient socialement inférieurs.

 

Au Xème siècle,  Guillaume, cadet des vicomtes de St Cirq Lapopie, branche des Gourdon s’installe à Lavergne et prend le nom de Valon. Valon (Vallum en romain) était une ancienne forteresse édifiée par les Romains.

 

Au XIème siècle, c’est la construction de deux châteaux. Ils choisirent un point stratégique à la jonction des ruisseaux de Vaures et de l’Alzou. Les donjons furent édifiés de part et d’autre de l’Alzou. Le château des Valon se situe à côté du moulin Notre Dame. A environ 100m, se dresse le château des Lavergne (La Roque). La population se groupe autour de ces deux châteaux et deux églises sont construites dont l’église St Blaise.

Les Valons ont des relations avec d’autres familles puissantes du Quercy (les Castelnau, les Gourdon, les Turenne). Ceci permet à Arnaud de Valon de marier sa fille unique (Guillemette de Valon), héritière des Valon à Bernard Stephani, seigneur de Gigouzac allié au Turenne et au Gourdon. C’est la naissance de la branche des Stephani de Valon.

eglisemodillonsAu XIIIème siècle,  Arnaud de Valon fait édifier une  grosse tour avant son départ pour la croisade (5ème). En 1245, St Louis vient à Rocamadour après sa maladie. C’est un grand évènement dans le Haut-Quercy. Les seigneurs vont à Rocamadour pour offrir au Roi leurs hommages et en particulier Arnaud de Valon et son gendre Bernard Stephani. Ils décident de suivre St Louis en croisade.

 

Au XIVème siècle, c’est l’apogée des Valons avec en particulier Hugues de Valon qui se marie avec Jeanne d’Ussel (famille du Bas-Limousin).

 

Au XVème siècle, en 1468, l’héritage passe à la famille de Plas qui continue à porter les noms et les armes de Valon (parti d’or et d’azur).

 

Marguerite est l’épouse de Louis de Largarde, seigneur de Sagnes. Pendant les guerres de religion, le château est assiégé par les Protestants (1562-1575). Marguerite protège le château sans son mari d’où le sens de la formule « Marguerite de Valon, an gloire de ma vertu » qui symbolise la résistance  de la famille de Valon.

 

À partir du XVIIème siècle, au décès de Marguerite de Plas de Valon, le château n’est plus habité.

 

Au XVIIIème siècle, le château est en ruine et les pierres servent à la construction des murs des maisons de Lavergne.

 

 

Quelles sont les particularités de l’église de Lavergne ?


L’intérieur

 

C‘est une église romane. C’est un style répandu en Europe aux XIème et XIIème siècles,caractérisé par l’arc en plein cintre. Les églises sont massives. Les voûtes en berceau sont lourdes. Il faut donc des murs épais et des arcs doubleaux pour les soutenir. Elles sont peu éclairées. On ne peut pas percer des fenêtres car cela fragilise les murs. De plus, les gens du Moyen Age ont peur du jugement de Dieu et en particulier de l’Enfer. Avec la création du Purgatoire au Moyen Age, Dieu devient amour et on veut faire entrer sa lumière dans les églises (cathédrales gothiques). Conques est une abbatiale représentant parfaitement l’art roman.

 

L’église de Lavergne a connu diverses influences. On retrouve à Lavergne un élément d’architecture décoratif présent aussi dans la cathédrale St Etienne de Cahors et en particulier dans la chapelle Notre Dame et le porche du portail nord : les rosaces ou roses épanouies. C’est un emblème et un des attributs de la Vierge Marie.

À Lavergne, deux sont situées sur la façade ouest de l’église mais elles ont du être déplacées étant donné la dissymétrie. La troisième est placée sur le pan de mur côté Nord-Ouest. Elles se détachent de la pierre. Deux autres se trouvent au niveau des voussures du portail.

Il y a aussi des influences d’Auvergne et du Limousin avec en particulier le clocher-mur ou clocher-pignon. Les églises rurales en particulier du Bas-limousin se contentent souvent, en guise de clocher, du mur pignon occidental au sommet duquel  on perce des ouïes pour abriter les cloches. C’est le type de clocher le plus économique mais aussi le plus fragile car il n’y a aucun support pour assurer son maintien.

À Lavergne, ce clocher-mur est daté du XIIème siècle. C’est un des plus anciens du Quercy. Il a été rebâti dans sa partie supérieure aux XVI-XVIIème siècles avec les trois baies campanaires (qui rappelle la Trinité), au dessus une seule ouverture (unité)  et le pignon. Ce type de clocher ressemble à celui de l’église de Bains dans la Haute-Loire près de la Chaise-Dieu.

 

Son portail est composé de pierres de schistes et de grès usées par l’érosion. Il est placé sous une triple voussure dont les tores s’appuient sur six colonnettes ornées de feuilles d’eau. On distingue des motifs variés : des figures humaines, homme debout, des feuilles recourbées, des fruits lisses, des rosaces.

 

Cette façade occidentale et le chœur semi-circulaire voûté d’un cul-de-four (demi-coupole) sont les seuls éléments de l’époque romane. L’abside (chœur + chapelle) de forme arrondie orienté vers l’Est (Jérusalem) est une autre des particularités de l’art roman. La voûte en cul-de-four de Lavergne est composée de bloc de tuf, calcaire léger, utilisé pour amoindrir la charge de la voûte.

 

Les trois vitraux du chœur datent du XIXème siècle. Ils sont de style néogothique. Au centre, Jésus est entouré par Saint Blaise, patron de l’église en habit épiscopal et Saint Jean l’Évangéliste.

 

Le plan de l’église est en croix latine. Il est attesté au XVIIème siècle car deux chapelles latérales ont été bâties. On a donc ajouté le transept. Selon Ludovic de Valon, les de Plas de Valon ont contribué à ces modifications. Ces chapelles sont dédiées à la Vierge et à Saint Joseph. Elles sont identiques (voûte en berceau  plein cintre, porte à linteau avec un oculus).

Au XIIème siècle, on ignore si c’était ce plan ou si l’édifice roman adoptait un plan allongé avec une nef unique. La nef mesure 15,30m de long sur 5,96m de large.

 

Le parement intérieur des murs présente une litre funéraire. Au Moyen Age, lors des funérailles d’un grand seigneur, on peignait ou on tendait sur le pourtour des murs intérieurs ou extérieurs de l’église, une bande d’étoffe de couleur noire sur laquelle se détachait les armoiries du seigneur. A Lavergne, les fragments de couleurs jaunes et blanches ne sont pas suffisants pour déterminer les armoiries représentées.

 

Les Valons de Lavergne  possédaient leur tombeau dans le chœur de l’église. Leurs sépultures ont disparu durant les travaux d’agrandissement en 1885.

 

Vers les années 1880, de nombreux villages du Lot ont détruit leur vieille église pour en reconstruire une nouvelle  dans un style néogothique.
L’église de Lavergne a été jugée trop délabrée et trop exiguë pour la communauté des paroissiens. L’architecte de l’arrondissement de Gourdon, A.Darnis, a été chargé de procéder à la réparation complète de la nef, de la couvrir d’une voûte en plein cintre élevé en briques creuses, d’ouvrir des fenêtres pour l’éclairage, de reconstruire les chapelles et le clocher Les murs de la nef ont été rehaussés de un mètre pour pouvoir établir la nouvelle voûte. Faute de moyens, le nouveau clocher n’a pu être réalisé.

 

NB : Une Châsse-reliquaire

 

Une châsse est un coffre où sont gardées les reliques d’un saint. En bois au début, les châsses sont garnies de plaque de métal. Elles ont généralement la forme d’un sarcophage ou d’une église en réduction. Elles sont richement décorées.

À Lavergne, c’est une petite châsse (O,23 de long, 0,07 de large et 0,14 de hauteur selon Ludovic de Valon) en cuivre doré, émaillé aux émaux champlevés de l’école de Limoges. Elle est datée de la 2ème moitié du XIIIème siècle. Elle  conserve les reliques (Saint Blaise, Sainte Appollonie, la Sainte Croix, Saint Claude, Saint Eutrope, et Saint Roch),  apportées par les Valon et les Lavergne au retour des croisades. Par son décor, le reliquaire évoque l’Infini et la Cité Céleste. Elle était disposée dans le chœur. Elle est classée depuis le 20/05/1901. Elle est aujourd’hui présentée au musée d’Art Sacré de Rocamadour.

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L’extérieur

 

À la base de la toiture de l’abside, initialement couverte de lauzes calcaires, se succèdent des modillons. Ce sont des blocs de pierres sculptés, plus ou moins finement, qui sont placés sous la corniche pour la supporter.

Ce petit patrimoine roman constitue un riche document d’histoire sur les mentalités de la société médiévales. Les sculpteurs ont laissé libre cours à leur imagination représentant des têtes grimaçantes, des têtes d’animaux ou des objets d’un usage habituel aux ouvriers. Certains modillons recèlent des messages. C’est un moyen pour l’Eglise d’instruire les fidèles qui ne savent ni lire, ni écrire. Les sculptures sont une Bible de pierre. La peur de l’Enfer est très présente dans l’esprit des gens du Moyen Age.

Le danger que représentent  les vices, les forces démoniaques, est partout évoqué dans l’art roman. Les animaux ont une signification symbolique. Ainsi, la sirène exprime la tentation et la frivolité, le lion, l’aigle ou le paon symbolisent l’orgueil, le coq ou le sanglier, la colère, la chouette, le singe ou le crapaud, l’avarice, le cochon, la gourmandise. Les symboles du Christ sont nombreux. Citons la brebis ou l’agneau qui symbolisent l’innocence et le sacrifice. Chaque évangéliste est associé à un animal. Il s’agit de l’aigle de Saint Jean, le lion de Saint Marc, le bœuf de Saint Luc et l’homme de Saint Mathieu.

 

À Lavergne, on en relève 16 ornés de copeaux, de cordelettes, d’étoiles, de têtes de porcelet, de bœufs.

On voit aussi  des représentations humaines (visage d’hommes graves, souriants) qui regardent vers le cimetière, accolé à l’arrière de l’église à cette époque. La tête du Nord, bouche ouverte, inclinée semble chercher du regard celui qui va venir ou bien jette un regard inquiet qui poursuit celui qui passe.