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L’école au XIXème siècle

La Révolution pose le principe d’un enseignement qui ne soit plus sous la tutelle de l’Église et qui soit  » uniformément réparti et gratuit « . Mais elle n’a pas les moyens de cette politique et il faut attendre une centaine d’années pour que cette idée triomphe. Au début du XIXe siècle, les gouvernements successifs ne cessent de promouvoir la création d’écoles primaires, mais ils ne peuvent pas en assurer totalement ni le fonctionnement, ni le contrôle et laissent alors au clergé l’essentiel des prérogatives pour organiser et dispenser l’enseignement. L’accroissement des ressources de l’État, permettant la gratuité et le développement de l’administration, rend possible l’extension de sa tutelle. En matière d’enseignement, l’obligation d’ouvrir une école primaire est faite à chaque commune.

La législation scolaire : les principaux repères

  • Monarchie constitutionnelle
    Loi du 28 juin 1833 – Loi Guizot, ministre de Louis Philippe.
    Les communes doivent entretenir une école primaire en partie gratuite. Cette loi signe l’acte de naissance de l’école primaire publique.
  •  2de Empire
    Loi du 10 avril 1867 – Loi Duruy
    Les communes obtiennent la possibilité d’établir la gratuité totale de l’enseignement primaire. Celles de plus de 500 habitants ont l’obligation d’ouvrir une école de filles. Les écoles privées sont soumises à une inspection.
  • 3ème République
    Loi du 16 juin 1881 – Loi Ferry
    Tous les instituteurs doivent avoir le brevet.
    La gratuité totale de l’enseignement primaire devient obligatoire pour les communes.
    Loi du 28 mars 1882 – Loi Ferry
    L’enseignement primaire devient obligatoire et laïque.

Avec Jules Ferry, l’enseignement primaire devient gratuit, obligatoire et laïque : ainsi triomphe d’une part le principe de la domination de l’État sur l’éducation et d’autre part la notion de service public ouvert à tous et toutes de 7 à 13 ans.
Avec la mise en place des lois Ferry, les communes se voient dans l’obligation de se doter d’une école publique laïque.

Presque 100 ans après la promesse du décret du 27 Brumaire An II, la loi du 19 Juillet 1889 transfère au Trésor Public la responsabilité de rétribuer les instituteurs, jusqu’alors payés par les communes. Malgré une revalorisation des traitements en 1909 et 1914 (2200 francs puis 2300 francs par an),  » le plus beau métier du monde  » demeure peu lucratif. En 1914, une enquête classe la France au 24ème rang européen pour le traitement des instituteurs.
En complément de ce traitement, les communes accordent souvent à l’instituteur une petite rémunération annexe, moyennant de précieux services : secrétaire de Mairie, télégraphe, surveillant de cantine, etc.…

L’école laïque, gratuite et obligatoire incarne donc la politique d’instruction de la 3ème République.

Quelques remarques :

Au niveau national :
1847 : à peine 63 000 écoles sont en service.
Avant même 1881, le mouvement de scolarisation est en marche : plus de 8 enfants sur 10 de 6 à 13 ans sont scolarisés, mais de façon très inégale selon le type de région et le rythme des saisons. Dès le retour du printemps, les travaux des champs détournent souvent l’enfant de l’école.
1905 : plus de 85 000 écoles sont déjà en fonctionnement.

Sur le chemin de l’école
Le chemin de l’écolier est une épreuve matinale autant morale que physique. L’enfant parcourt des kilomètres à pied. Il endure le froid, la bise, la pluie, la neige, la boue. Il traîne surtout le même fardeau : la gibecière pour les livres, le panier pour le goûter et souvent la bûche, contribution personnelle au chauffage de l’école.
Sabots de bois pour l’écolier des champs, souliers de cuir pour l’écolier de la ville, les différences d’origine ou de fortune jaillissent aussi à l’école.
A travers le contenu pédagogique de ses manuels, l’école se défend de toute discrimination et loue à dessein, le charme artisanal des sabots.
Le fameux panier en osier est l’inséparable compagnon de route de l’écolier. La maman y glisse le casse croûte pour le trajet ainsi que le déjeuner pour la cantine.
De cuir ou de toile, la gibecière est souvent de fabrication artisanale. Elle protège livres et cahiers des intempéries et dissimule aussi de véritables  » trésors de guerre  » : balles élastiques, sac de billes, marrons d’Inde, lance-pierres.
La blouse : En 1914, un costume de garçon peut coûter entre 40 et 60 francs, soit près de la moitié du salaire mensuel d’un ouvrier. Cet obstacle justifie donc le port de la simple blouse : elle protège les lainages et les vêtements plus fragiles ou onéreux.
Elle prône l’égalité de rang et de condition. Elle impose un devoir de solidarité puisque les écoliers doivent s’entraider pour boutonner le sarrau qui se ferme dans le dos.

Le développement de l’enseignement dans le Lot

Année Tranche d’âge Taux de scolarisation
1850 5-15 ans 40%
1870 5-15 ans 75%
1900 5-15 ans 100%

L’enseignement permet la propagation de la langue française.
1926 : Peu d’enfants dépassent le niveau du certificat d’études.
1927 : Une poignée de lotois arrive au niveau du baccalauréat qu’ils doivent aller passer à Toulouse.
1928 : En 1831, une école normale de garçons s’ouvre à Cahors.

 


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L’école de Lavergne

Le principal souci du conseil municipal de Lavergne au XIXème – début du XX est la construction d’une école.

La commune de Lavergne n’étant pas propriétaire de ses écoles se voit dans l’obligation de louer des locaux à des particuliers.

13 juin 1886 : Construction de latrines pour l’école des garçons.
« Les privés ne peuvent être établis ailleurs qu’auprès de l’église entre le clocher et le contrefort » Cette construction sera séparée de l’église par un double mur cimenté. « Impossible d’édifier ailleurs convenablement les privés en question et regrette de n’avoir pu les éloigner d’avantage de l’église. » (extrait des délibérations du conseil municipal)

Le 14 juin 1987, Mr Montméjat Jean, propriétaire à Lavergne offre de céder à la commune pour 10 ans le terrain nécessaire à l’établissement de deux cabinets. C’est une cession gracieuse et gratuite. Pour abréger le parcours entre l’école et l’emplacement, il sera pratiqué une porte à la place de la fenêtre nord-ouest de la salle d’école.
La question se pose aussi pour l’école des filles située dans l’ancienne maison Claret. Cette installation est placée dans le jardin de Mr Barrat, qui consent à céder le terrain.

13 mars 1887 : école des filles
La mairie passe un bail sous seing privé avec Mr Capelle pour le logement de l’institution publique et l’école des filles.

Le 25 août 1887, boycott du conseil municipal
Le Conseil municipal veut acquérir la maison de Mme veuve Cadiergues, pour faire une maison d’école. A cette réunion, un seul conseiller est présent. La séance est levée.

Le 29 décembre 1889, agitation au conseil
Le conseil municipal veut que l’école des filles soit transférée dans la maison Bétille car ce dernier se propose de rendre la salle d’école et le logement particulier de l’institutrice plus convenables. Or le maire, Mr Terrou, a signé un bail de quatre ans avec Mme Cadiergues le 27 du mois courant.. Les conseillers sont surpris et étonnés et 8 d’entre eux sur 10 présents l’en blâment. Mr Vidal riposte que l’administration avait refusé à une époque le logement Bétille pour cause d’insalubrité.
Le 27 février 1890, nouvelle protestation de 7 voix contre 10 contre le bail passé. Les conseillers protestent contre « les menées du maire qui ne s’est point inspiré de l’intérêt général de la commune dans cette circonstance mais bien d’intérêts privés. » Ils déclarent « ne plus vouloir discuter aucune question avec ce magistrat auquel le conseil retire sa confiance et menacent d’en référer au Conseil d’État. Ces conseillers n’assistent plus aux réunions du conseil municipal.

Le 14 Août 1892, projet de construction d’une école.
Le conseil municipal « après décision et mûre réflexion, reconnaît le bien fondé de la lettre de Mr le préfet de Gourdon, d’avoir à procéder à la construction d’une école ou à l’achat d’un bâtiment destiné à cet effet. En conséquence, l’assemblée désirant fournir aux garçons une école ou local convenable demande à l’inspecteur de bien vouloir se transporter sur les lieux pour visiter une maison que la commune voudrait acheter ou bien voir un terrain. »

Le 15 avril 1894, le conseil renouvelle le bail avec Mme Cadiergues pour le local affecté à l’école des filles (bail de 4 ans pour un prix annuel de 130 francs).

Le 10 juin 1894, pas d’argent pour la construction d’une école.
Le conseil municipal demande à l’administration académique d’attendre le jour où les ressources communales lui permettront la construction d’un groupe scolaire.
Les reproches de l’inspection académiques sur l’école des garçons sont :
1930 : maison qui se prête bien mal aux réparations.
1931 : agrandissement impossible.
1932 : logement de l’instituteur exigu.

Situation des écoles de Lavergne en 1912.
Lavergne ne possède pas d’école de filles ni de logement pour l’institutrice et loue un local mis en vente par la propriétaire.
L’école des garçons est insuffisante au point de vue hygiène. Il n’y a pas de cour, de préau, de jardin. Le bâtiment se situe en bordure du chemin de grande communication Gramat-St Céré, fréquenté par les automobiles et les touristes qui visitent la région des Causses. Il s’agit d’un réel danger pour la sécurité des enfants. De plus, l’instituteur ne dispose que deux petits logements insuffisants.
La Commune décide donc de construire une école mixte infantile.
L’emplacement choisi est les immeubles Gratias, Vieillescaze, Vidal et veuve Gras.

Le 21 juillet 1912, la mairie ouvre un crédit pour la mise en alignement et la démolition de la maison Gratias, de 1269 francs.

Le 2 février 1913, financement de l’école
La population scolaire est de 50 élèves. La commune demande la création d’une école mixte, avec classe infantile annexée, ce qui permettrait d’obtenir une subvention de l’État car elle n’a pas les ressources suffisantes pour faire face à la dépense estimée à 3300 francs, avec l’acquisition du terrain.
Le projet est complété par la construction d’une citerne et la pose de volets.

Délibération du Conseil municipal du 3 février 1914 : les travaux commencent.
Le ministre de l’instruction publique approuve le projet de construction d’une école. Commencés fin juin, les travaux sont suspendus le 2 août 1914, au 1er plancher. Ils ne reprendront qu’après la guerre pour se terminer en 1924.

Le 13 novembre 1924, vive réaction face à la suppression d’un poste.
Le Conseil municipal émet un avis défavorable à la suppression d’un poste d’instituteur par l’inspecteur du primaire.
Ses arguments :
1) Effectifs : La commune compte 41 élèves dont 33 qui fréquentent l’école régulièrement et 8 plus occasionnellement (familles éloignées du bourg et routes en mauvais état l’hiver).
2) Le conseil insiste sur le lourd sacrifice de la communauté pour la construction d’une nouvelle école. Cette suppression entraînerait le mécontentement de la population.
3) Et enfin un argument de poids : ceci serait préjudiciable à l’école publique.

Le 15 mars 1925, demande de subvention
Le Conseil municipal demande une subvention au Conseil Général pour le renouvellement du matériel scolaire et d’enseignement « tables vétustes, les cartes tombent en lambeaux et sont fausses depuis le traité de Verailles » (modification des frontières, création de nouveaux États…

Le 6 août 1933 : la mixité à l’école de Lavergne
Loi du 16 février 1933 : quelque soit le nombre d’habitants dans une commune, lorsque la population scolaire ne dépasse pas l’effectif de deux classes, le ministre peut dans l’intérêt des études autoriser, après avis du conseil municipal et du conseil du département, la transformation à titre provisoire des écoles spécialisées en école mixte à une ou deux classes.
Les instituteurs ont le désir, dans l’intérêt des études, de mettre en application ces dispositions.
Le conseil municipal pense que les transformations groupant les enfants par âge jusqu’à 9 ans dans une classe, et les 9 – 13 ans dans l’autre, ne peut avoir que des effets heureux sur la bonne marche des études. Ceci permettrait aux enfants du certificat d’études, un enseignement adapté à leur âge. De plus, le conseil note que les locaux scolaires se prêtent à cette transformation.

La mixité à l’école, une opération qui s’est effectuée « sans qu’on y prête attention »,
à tel point qu’il est difficile de dater ce phénomène avec précision. Mais dans certains villages, l’Église s’opposait avec virulence à ce projet, créant des tensions entre les habitants.
La loi Goblet du 30 octobre 1886 autorise les écoles mixtes à classe unique dans les hameaux ou les communes de moins de 500 habitants, essentiellement pour des raisons économiques, en particulier les contraintes liées au manque de locaux et d’instituteurs. En revanche, les communes de plus de 500 habitants étaient dans l’obligation d’entretenir une école de filles.
Néanmoins, le conseil général peut autoriser le remplacement d’une école de filles par une école mixte. Cette possibilité sera utilisée, par exemple, lorsque les deux écoles, de garçons et de filles, sont dirigées par un couple d’instituteurs.
Ces considérations matérielles vont permettre une évolution progressive, quoique lente, qui sera également encouragée par celle des mentalités et de la société.
En effet, la fin du XIX ème siècle est marquée par une accélération de la reconnaissance du droit à l’instruction pour les filles. Certes, elles sont destinées d’abord à devenir de bonnes épouses et mères de famille, et les programmes scolaires qui leur sont destinés, différents de ceux des garçons, poursuivent cet objectif. Ce n’est qu’en 1924, avec le décret dit « Léon Bérard », que les filles reçoivent le même enseignement secondaire que les garçons. Le contenu de l’enseignement est désormais le même pour les deux sexes.. La mixité est néanmoins l’œuvre de la Vème République, elle se généralise pendant les années 1960.

Lavergne a donc attendu très longtemps pour devenir propriétaire de son école mais par contre elle connut très tôt la mixité.

 

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